Arts décoratifs : Le Monument de la Renaissance expose les tapisseries des Msad
21 Novembre 2017

Arts décoratifs : Le Monument de la Renaissance expose les tapisseries des Msad​

Comme pour mettre en lumière le patrimoine en commun par un symbole fort, les Manufactures sénégalaises des arts décoratifs (Msad) de Thiès sont allées à la rencontre du Monument de la Renaissance africaine, à Dakar, pour y exposer une douzaine de tapisseries d’une beauté sublime. Cette réédition du beau, après l’exposition itinérante marquant la commémoration des 50 ans de cet « emblème » culturel, a été organisée, vendredi dernier, en présence du ministre de la Culture.

Une cohabitation des couleurs. Une coexistence d’harmonies. Et des merveilles à découvrir et à admirer. La magnificence du patrimoine réside dans le dialogue qu’il établit entre le jour d’avant et le matin d’après et dans sa faculté de révéler des horizons. Quand les Manufactures sénégalaises des arts décoratifs de Thiès vont à la rencontre du Monument de la Renaissance africaine, à Dakar, cette magie s’opère naturellement. Car, on ne célèbre pas les prouesses d’un autre temps. On magnifie la beauté de l’instant comme cette tapisserie de Souley Keïta voguant entre les ombres diffuses et les lumières vives et indécises dans le fatras d’une « Etude d’artiste » pour reprendre le titre de son œuvre.

Celle de Boubacar Goudiaby, « La pensée », est sublime en cela que le « matériel » du corps humain cède aux sollicitations de l’esprit divagant. Il réussit l’exploit de créer une interaction entre le « trivial » et l’« ésotérique » dans un violent mouvement de couleurs. Le bonheur est dans la communion avec soi et avec le silence comme « Dans la forêt », préoccupation existentielle et humaniste de Seny Diagne Diop. Ici, naissent des espoirs et se consument des vies. L’artiste donne un visage au doute, à la mission d’une humanité qui voit s’ouvrir devant elle des horizons illimités de possibilités qu’embrassent « Les oiseaux bleus » de Mamadou Gaye vivant avec leur anxiété dans la solidarité.

Comme une prémonition, Papa Ibra Tall, défunt directeur général des Msad, donne à voir à travers sa tapisserie « L’homme diapason », une transcendance de l’univers grâce à un entremêlement de vies, de possibilités, de couleurs, une « profusion » d’idées. La chaleur de la tendresse échauffe autant que le déchirement de la distance ; cet éloignement que la « Jombajo » (fraîche épouse) si choyée appréhende tant. Kalidou Kassé fixe, ici, des pratiques communautaires et construit un avenir s’affranchissant du procès de nos temps : soumission-émancipation. Il est plutôt question d’une autre  manière d’exister. Celle que l’on peut trouver « Sur la place du village » (œuvre de Khalifa Guèye), porte l’empreinte de comportements culturels dans lesquels se meuvent et s’épanouissent des peuples en harmonie avec la nature et avec leur passé.

Diversification
La beauté mise en lumière par cette douzaine de tapisseries ne pouvait qu’enchanter le ministre de la Culture, Abdou Latif Coulibaly, pour qui les Msad, entre autres réalisations de la postindépendance, ont balisé la trajectoire culturelle du Sénégal. Il a réitéré l’engagement de l’Etat à œuvrer pour leur rayonnement. L’initiative « un service de l’Etat, une tapisserie », une directive du président de la République, témoigne de cette volonté de faire vivre ces « œuvres éternelles » pour ainsi reprendre Abdoulaye Racine Senghor, administrateur du Monument de la Renaissance africaine.

Les Msad font face, toutefois, aux défis de leur temps : la rentabilité du beau, du produit artistique sans que la qualité n’en pâtisse. La direction s’est ainsi inscrite dans une dynamique de diversification des produits. « Entre 2015 et 2017, nous avons formé 15 jeunes sénégalais dans les métiers d’art (céramique, batik, tapisserie). C’est cela qui a été à l’origine de la création des Msad en 1973 à la place de la Manufacture nationale de tapisserie créée en 1966 par Senghor. En 1973, une loi a été votée pour aller vers la diversification. Nous voulons que cela soit effectif. Après les tapis de sol, ces jeunes ont été formés pour réaliser d’autres œuvres d’art décoratif telles que des œuvres de céramique d’art, de batik », indique Aloyse Diouf, directeur des Msad. Non sans insister sur la nécessité de faire découvrir aux Sénégalais les merveilles de ce patrimoine et de communiquer en direction du marché local. Il y va de son appropriation par les premiers destinataires, les Sénégalais.

Alassane Aliou MBAYE

 

 

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