• Monsieur le Ministre de la Communication, des Télécommunications et de l’économie numérique ;
  • Madame le Directrice générale de l’UNESCO ;
  • Excellence Monsieur l’Ambassadeur, Doyen du Corps Diplomatique ;
  • Madame l’honorable député, Présidente de la Commission Culture à l’Assemblée Nationale ;
  • Excellence, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs et Représentants Résidents ;
  • Mme la Directrice du BREDA ;
  • Messieurs les Présidents du Patronat sénégalais Chefs d’entreprises et opérateurs économiques ;
  • Mesdames, Messieurs les directeurs d’organes de presse ;
  • Messieurs les Présidents d’Associations socio-professionnelles du secteur de la culture ;
  • Mesdames, Messieurs.

 

Avant toute chose, je tiens à vous dire, Mme la Directrice Générale de l’UNESCO, combien il  m’est agréable de vous accueillir à ce dîner débat.

 

Malgré un agenda particulièrement chargé, vous avez bien voulu prendre de votre temps, pour échanger ce soir avec nous, à quelques heures de votre retour sur Paris. Soyez en vivement remerciée, en mon nom propre, et au nom des éminentes personnalités présentes à ce panel, a qui je tiens à exprimer toute ma gratitude, pour avoir répondu à notre invitation : diplomates, décideurs politiques, parlementaires, capitaines d’industries et chefs d’entreprises représentants du patronat, dans sa diversité : monde des finances, de l’économie, et de la presse, communauté artistique et culturelle.

 

En somme, vous l’aurez constaté, Mme la Directrice Générale, nous avons ce soir un échantillon représentatif des forces vives sur lesquels nous comptons pour accompagner le développement de notre politique culturelle.

 

Mesdames, Messieurs,

 

Il a été constaté dans un rapport de l’UNESCO, une croissance du commerce et des échanges de produits culturels sur la scène mondiale, depuis l’an 2000. Ce qui fait penser à certains que les industries culturelles et créatives pourraient bel et bien être une porte d’entrée pour une participation effective des économies africaines au marché mondial.

 

Mais, force est de reconnaître la modestie de la contribution de l’Afrique à ces exportations globales de biens et services culturels qui représentent moins de 1% des flux identifiés. C’est dire que le talent des créateurs africains et la qualité de leurs œuvres ne suffisent pas encore à construire une économie créative compétitive dans le secteur culturel.

Loin s’en faut.

 

La recherche de solutions à cette situation est au cœur de nos préoccupations. Parmi les multiples fonctions et objectifs assignés à la production artistique et culturelle en Afrique, il est à noter une forte valeur identitaire, symbolique, éthique, esthétique et souvent fonctionnelle, au détriment de la dimension économique.

 

Il est vrai que dans nos sociétés traditionnelles, les mécanismes de solidarité active et d’échanges de bons procédés avaient  beaucoup servi à générer les compensations financières ou en nature, permettant de rétribuer les artistes, hors des lois classiques du marché.

 

Depuis les indépendances jusqu’à nos jours, le mécanisme s’est difficilement adapté aux exigences de la réglementation des échanges commerciaux. A part quelques notables mais rares initiatives individuelles d’insertion dans les circuits marchands, les ressources financières octroyées aux produits et biens culturels restent largement tributaires de l’Etat.

 

Or, les ressources limitées des Etats africains, face aux nombreuses sollicitations et exigences concomitantes de plusieurs secteurs d’activités comme l’éducation, la santé, les infrastructures, l’agriculture etc…., conduisent généralement, à réserver à la Culture des allocations budgétaires en deçà des besoins réels.

 

Il s’y ajoute que peu de partenaires au développement accordent au secteur de la culture l’attention souhaitée, malgré les remarquables efforts de l’UNESCO, pour faire admettre aux Etats parties et à la communauté internationale l’apport de la culture au développement. Et il serait souhaitable de valoriser le potentiel économique qui devrait en résulter.

 

Certes, il convient de saluer une meilleure prise de conscience de la contribution de la culture au développement durable et à la réalisation des OMD. Sa place dans l’instauration de la paix et de la sécurité, à travers le dialogue et les mécanismes de régulation sociale, doivent être renforcées.

 

Mais il importe aussi de valoriser la dimension économique des produits, biens et services culturels à travers les arts vivants, les arts visuels, la littérature, le cinéma et l’audiovisuel, en explorant tout le potentiel dont ils regorgent.

 

C’est l’objet de mon propos, ce soir. Tout se passe comme si la culture était rétive  aux règles de l’économie et aux lois du commerce. Ceci est tellement vrai que dans les négociations à l‘Organisation Mondiale de Commerce (OMC), des Etats s’étaient majoritairement ligués  pour réclamer une certaine exception culturelle, réaffirmant avec vigueur que les produits, biens et services culturels n’étaient nullement réductibles à leur dimension marchande.

 

Cette prise de position est à saluer. Mon propre pays était au rang des ses défenseurs, et il n’est nullement envisagé de changer de cap.

 

Par contre, ce que l’on pourrait déplorer, ce sont les effets collatéraux de cette position, qui ont totalement brouillé les perceptions au point de faire croire qu’il est difficile,  voire impossible d’insuffler une dynamique économique à la production culturelle.

 

Le premier écueil à surmonter provient du fait que les acteurs culturels, jaloux de leur liberté d’expression et seuls maîtres de leur talent et de leur créativité, revendiquent allégrement dans leur rapport au marché  une logique de l’offre assez singulière, selon laquelle le processus de production de l’œuvre ne peut dépendre d’une quelconque demande !

 

Ce renversement radical de perspective des lois du marché est un élément du problème, en ce qu’il hypothèque la rentabilité du produit culturel.

 

Jusqu’ici, s’il est reconnu que le marché est une rencontre féconde entre une offre et une demande, force est d’admettre que la demande détermine la recevabilité et la rentabilité du produit offert.

 

Produire ce qu’on veut, pour exprimer ce qu’on ressent, est fort louable, et peut susciter un intérêt dans la découverte d’un objet original, unique ou innovant, sans nécessairement entrainer un besoin d’acquisition.

 

A ce stade, le défi à relever réside dans la mise en œuvre de modalités de connexion entre l’objectif artistique originel et la réception positive par des destinataires, pour établir une véritable rentabilité économique.

 

En d’autres termes, il nous faut donc trouver les mécanismes permettant d’habiller le résultat de la création artistique, des caractéristiques d’une offre au sens économique du terme, c'est-à-dire de nature à lui faire rencontrer une demande effective.

 

En aucun cas, il ne s’agirait d’influer sur la création elle-même, mais essentiellement d’améliorer les conditions de présentation et de diffusion, ce que d’autres appellent la publicité et le marketing.

 

En effet, si l’on peut concevoir aisément que la production culturelle garde sa propre logique, sa cohérence interne et sa spécificité, il importe d’agir sur les modalités de sa diffusion, c'est-à-dire de distribution, pour la rendre plus conforme aux lois du marché récepteur.

 

En guise d’exemple, si le livre est exclusivement commercialisé dans des librairies au Sénégal, il ne sera pas accessible sur une grande partie du territoire national, faute d’infrastructures de cette nature dans beaucoup d’agglomérations de l’intérieur du pays.

 

Des relais plus adaptés au commerce local devraient avantageusement pallier cet inconvénient, après concertation avec les tenants de la filière.

 

Mais au-delà de l’espace national, dont le marché est trop étriqué, il faut s’interroger sur la mauvaise circulation du livre sénégalais à l’échelle du continent africain, et au-delà, dans le monde.

 

Ce ne sont pas les auteurs qui sont en cause, mais l’indigence des circuits de diffusion et la communication promotionnelle qui devrait venir en soutien.

 

Au-delà de cet aspect, il me paraît important de réfléchir à la professionnalisation des acteurs culturels.

 

Au-delà de la formation et de la préparation des créateurs à insérer le processus créatif dans un objectif transactionnel, il est devenu urgent de renforcer les entreprises culturelles, par l’élaboration de statuts juridiques et d’une fiscalité mieux adaptés à la spécificité de leur activité.

 

Une meilleure maîtrise des aspects budgétaires, commerciaux, juridiques et la connaissance des mécanismes d’accès aux financements constituent des paramètres indispensables à l’organisation efficiente des entreprises culturelles.

 

Ainsi, le modèle des sociétés coopératives est à même de s’accorder aux exigences du secteur culturel, avec une répartition des tâches convenablement définie entre les différents intervenants dans le processus de commercialisation.

 

C’est après le franchissement de cette étape que peuvent être envisagés l’émergence et le développement des industries culturelles compétitives.

 

Lorsqu’on sait que le chiffre d’affaires consolidé de la Tour Eiffel en France s’élevait à 82.300.000 euros en 2011, il y a de quoi réfléchir à la rentabilisation du Monument de la Renaissance Africaine ici au Sénégal.

 

Or, il faut bien se rendre à l’évidence que l’interaction culture-Tourisme qui produit de telles retombées financières, n’est pas seulement envisageable dans la filière du patrimoine matériel.

 

Lorsqu’un film comme « Intouchables » atteint 19 millions d’entrées en France et génère un chiffre d’affaires semestriel de 50, 100 millions d’euros, beaucoup de secteurs économiques plus classiques palissent d’envies.

 

Or, la force de la culture de notre pays, est de disposer d’un énorme et inépuisable potentiel à exploiter économiquement.

 

Il s’agit de notre riche diversité culturelle, qui, combinée à la créativité des écrivains, cinéastes, et autres talentueux créateurs, pourrait générer des produits d’une exceptionnelle qualité à même d’attirer un flux touristique sans pareil dans notre pays.

 

Mais c’est aussi un immense gisier à même de fournir des spectacles vivants de qualité, des produits musicaux pouvant  aller à la conquête du monde.

 

De fait, en s’inscrivant réellement dans une perspective de performance économique, les entreprises culturelles bénéficient d’emblée d’avantages comparatifs énormes, parce que leur matière première est là, diffuse au sein de la société.

 

Les galeries, musées d’art, l’édition, la production de spectacles vivants avec l’appui des Nouvelles Technologies de l’Information  et les médias peuvent renverser la tendance actuelle, et nous faire passer de l’exception culturelle à l’exception économique. C’est pourquoi, dans le programme prioritaire que j’ai soumis à l’appréciation du Président de la République, le renforcement des capacités des créateurs et la promotion de la diversité culturelle tiennent une place importante.

 

Il s’agira dans chaque département du pays, d’identifier et de mettre en valeur dix (10) expressions ou produits représentatifs de la culture du terroir avec la communauté qui y réside.  Au total, quatre cent cinquante (450) œuvres artistiques, expressions culturelles significatives, sites, lieux de mémoire ou objets-témoins seront retenus à l’issue du processus, sur l’ensemble du territoire national.

 

Inestimable opération de ressourcement, la promotion de la diversité culturelle du Sénégal ne devra pas aboutir à un repli identitaire, mais à une ouverture sur le monde, parce que tous les éléments sélectionnés, décrits et documentés seront mis en valeur dans le site du Ministère de la Culture, et proposés comme sources d’inspiration à tous les créateurs d’ici et d’ailleurs.

 

En effet, la culture représente un capital économique  énorme et les industries culturelles sont devenues de puissants moteurs de la croissance économique, générant des revenus et un nombre important d’emplois

 

 Les statistiques publiées depuis quelques années sur ce secteur sont éloquentes avec un taux de croissance de l’ordre de 6¨%,  à 7% du PIB de la plupart des pays de l’OCDE, 5% de salariés au Brésil, etc.

 

En outre, il est intéressant de souligner que ces performances ne constituent pas des phénomènes éphémères mais sont plutôt inscrites dans la durée. En effet, selon les statistiques des Nations unies, la demande mondiale de biens culturels croit régulièrement depuis plus de vingt ans à des taux allant jusqu’à 6% et constitue ainsi une source importante de devises pour la balance des paiements.

 

Le secteur est aussi créateur d’emplois, riche en formation et inclut une grande variété de profils professionnels

 

Pour ce qui le concerne, notre pays consolidera l’ancrage de la culture dans la Stratégie Nationale de Développement en améliorant davantage son cadre stratégique d’intervention et en affinant davantage ses outils conceptuels et méthodologiques au rang desquels figure ce Programme Prioritaire d’Intervention.

 

Outre le renforcement des capacités, indispensable pour un bon investissement dans les industries culturelles, il nous faut trouver un modèle de financement suffisamment intégrateur qui tienne compte des spécificités du secteur.

 

Dans ce sens, mon Département envisage des stratégies de financement dans un partenariat public/privé avec un mécanisme à 3 niveaux :

- la mise en place d’un fonds d’investissement

- la mise en place d’un fonds de garantie ;

- l’intervention de l’Etat (infrastructure ou renforcement de capacité)

- combinée à l’intervention des financiers privés intéressés.

 

Pour soulager les fonds publics, il est envisagé aussi un dispositif juridique visant à développer le mécénat, d’une part et la commande publique type loi du 1% du budget des travaux de bâtiment  à la création artistique, d’autre part.

 

Enfin, le troisième axe de notre stratégie de financement est en direction des collectivités locales Le but visé est de permettre une meilleure appropriation de la culture par les collectivités locales et de participer ainsi à perpétuer les patrimoines locaux, à stabiliser les populations dans leurs terroirs et à leur procurer des revenus.

 

Cet axe tourné vers les localités pourrait prendre la forme d’une joint-venture où l’Etat propose une participation financière égale aux 2/3 du projet soumis localement.

 

Avec une telle matrice, l’Etat sera en mesure d’offrir une plateforme financière aux décideurs privés intéressés par les industries culturelles.

 

 

 

Madame la Directrice Générale ;

Mesdames, Messieurs

 

Je voudrais terminer en soulignant l’option que mon pays a prise de s’appuyer sur son potentiel créatif et sur les effets dynamisants de la mondialisation pour saisir les opportunités de développement qu’offre un marché des industries culturelles.

 

J’ai reçu mandat de son Excellence Monsieur Maky SALL, de mener une politique d’élargissement des possibilités de choix offertes, de plein épanouissement économique et financière des acteurs de la culture et enfin d’accès des populations à une existence intellectuelle, affective, morale et spirituelle satisfaisante.

 

Cette politique sera soutendue par une conception qui considère la culture comme lieu d’addition, une démarche  du local au national et un principe d’action fondé sur la responsabilité assumée.

Je vous invite donc, vous acteurs de la  culture, décideurs financiers et politiques ainsi que les toutes personnes désireuses de tenter le pari, à une synergie d’action pour relever le défi de promouvoir une économie de la culture qui impacte durablement sur le développement de notre pays.

 

Je vous remercie de votre attention.

 

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